A Chess forum. ChessBanter

If this is your first visit, be sure to check out the FAQ by clicking the link above. You may have to register before you can post: click the register link above to proceed. To start viewing messages, select the forum that you want to visit from the selection below.

Go Back   Home » ChessBanter forum » Chess Newsgroups » rec.games.chess.misc (Chess General)
Site Map Home Register Authors List Search Today's Posts Mark Forums Read Web Partners

LeMonde: Bobby Fischer sur la diagonale du fou



 
 
Thread Tools Display Modes
  #1  
Old September 21st 04, 08:21 PM
Sufaud
external usenet poster
 
Posts: n/a
Default LeMonde: Bobby Fischer sur la diagonale du fou

PORTRAIT
Bobby Fischer sur la diagonale du fou

LE MONDE | 17.09.04 | 15h08

L'ex-champion du monde d'échecsn'en finit plus de choquer par ses
tirades antisémites. Ce surdoué, prisonnier de son obsession du jeu,
est détenu au Japon, et les Etats-Unis réclament son extradition.

Le 11 septembre 2001, quelques heures à peine après les attentats de
New York et de Washington, un Américain exulte sur les ondes de Radio
Bombo, aux Philippines : "C'est une formidable nouvelle, il est temps
que ces putains de juifs se fassent casser la tête. Il est temps d'en
finir avec les Etats-Unis une bonne fois pour toutes." Le présentateur
de l'émission, Pablo Mercado, peine à tempérer son interlocuteur, qui,
au téléphone, déverse insanités et élucubrations avant de conclure :
"Je dis : mort aux Etats-Unis ! Que les Etats-Unis aillent se faire
foutre ! Que les juifs aillent se faire foutre ! Les juifs sont des
criminels. (...) Ce sont les pires menteurs et salauds ! On récolte ce
qu'on a semé. Ils ont enfin ce qu'ils méritent. C'est un jour
merveilleux." Au bout du fil Bobby Fischer, ancien champion du monde
d'échecs, connu pour avoir autrefois ouvert une parenthèse brillante
dans l'hégémonie que l'URSS exerçait sur les 64 cases. Peut-être le
génie le plus doué que le roi des jeux ait jamais connu.

Depuis le 13 juillet, Bobby Fischer est détenu au Japon. Il se bat
afin de ne pas être extradé vers son pays natal, où il risque dix ans
de prison pour avoir, en 1992, violé l'embargo économique sur
l'ex-Yougoslavie en y disputant - et en y gagnant - un match-revanche
contre le Français d'origine soviétique Boris Spassky, vingt ans après
lui avoir ravi la couronne mondiale à Reykjavik. Pour une raison
inconnue, mais qui tient probablement à la violence des diatribes
antiaméricaines et antisémites proférées par Fischer ces dernières
années, Washington a subitement décidé de prendre le "Kid de Brooklyn"
comme on prend une pièce sur l'échiquier. La longue dérive paranoïaque
de Bobby Fischer, son voyage sur la diagonale du fou, pourrait donc
s'achever sur la case prison. Cette fin de partie pitoyable, véritable
auto-échec et mat, s'annonçait par bien des signes avant-coureurs.

Robert James Fischer naît le 9 mars 1943. Ses parents divorcent avant
ses 2 ans et son père disparaît du paysage familial. L'histoire de
l'enfant prodige est connue, qui raconte comment sa soeur aînée, Joan,
lui offre un jeu d'échecs lorsqu'il a 6 ans, scellant ainsi son
destin. La passion du petit Bobby, enfant solitaire et taciturne, se
mue en obsession, malgré les efforts de sa mère pour le détourner des
échecs. Son don explose en 1956-1957 : il gagne le championnat des
Etats-Unis à 14 ans, devient le plus jeune grand maître de son époque
à 15.

Rien, hormis les échecs, ne l'intéresse. Rien de la vie réelle ne l'en
extrait. Dans la biographie qu'il lui a consacrée en 1973 (Bobby
Fischer, éditions Payot), Frank Brady cite le témoignage d'un ancien
camarade de classe de Fischer : "Il restait toujours très silencieux
et ne s'intéressait pas aux leçons. De temps en temps, il tirait de sa
poche un échiquier miniature et se mettait à jouer. Invariablement, le
professeur s'en apercevait et lui disait : "Fischer, je ne peux pas
vous forcer à écouter la leçon et je ne peux pas vous empêcher de
jouer aux échecs, mais, pour l'amour du ciel, faites-le sans votre
échiquier." Bobby remettait courtoisement le jeu dans sa poche, et
tout le monde savait, le professeur compris, qu'il était en train de
jouer mentalement."

Cette monomanie fera sa réussite. Il se croit vite le meilleur joueur
du monde et n'a qu'une envie : le prouver. Même s'il lui arrive
encore, à 16 ou 17 ans, de pleurer lorsqu'il perd, sa confiance en lui
semble inébranlable. Il quitte l'école, qui, de son point de vue, n'a
rien à lui apporter. Ses relations avec sa mère se dégradent au point
que celle-ci fuit le domicile familial, qui va se transformer en une
étude d'échecs, pleine de revues et de livres spécialisés éparpillés
çà et là, un appartement où chacun des trois lits dans lequel dort
indifféremment le maître des lieux est muni d'un échiquier.

Pour son biographe Frank Brady, "l'évolution échiquéenne de Bobby alla
bien au-delà de l'obsession. Il semble qu'il se soit produit une
véritable fusion entre ses besoins les plus profonds et sa maîtrise du
jeu. Il étudiait les échecs avec une ferveur religieuse. Le jeu devint
sa discipline, son but et son pouvoir".

Consciemment ou non, Fischer se fait moine-soldat, il se concentre sur
son objectif ultime, autour duquel toute sa personnalité se
cristallise. Comme le rappelle le champion de France 2004, Joël
Lautier, "beaucoup de gens, y compris parmi les joueurs d'échecs, ne
réalisent pas l'ampleur de l'exploit qu'il a réalisé : battre à lui
seul toute l'école soviétique. Cela a un prix. Ne penser qu'au jeu
n'est pas sans conséquence. Bobby Fischer disait consacrer 98 % de son
énergie mentale aux échecs, tandis que les autres n'y consacraient que
2 %. Cela ne laisse pas de place à un développement normal."

Cette énergie se convertit en une pureté de style sans équivalent. A
rejouer ses coups, on a l'impression que les échecs sont faciles. Sa
communion avec le jeu se double d'une soif de victoire inextinguible
et d'un désir non dissimulé d'anéantir l'ego de l'adversaire. Le
Soviétique Mark Taïmanov et le Danois Bent Larsen, écrasés 6 points à
0 en duel en 1971, ne s'en remirent jamais vraiment. Pour décrire le
joueur américain à l'occasion de son combat homérique de 1972 contre
Boris Spassky, que les médias avaient qualifié à l'époque de "match du
siècle", l'écrivain Arthur Koestler inventa avec justesse le
mot-valise "mimophant": "Un mimophant, expliquait-il, est une espèce
hybride : un croisement entre un mimosa et un éléphant. Un membre de
cette espèce a la sensibilité d'un mimosa lorsqu'il s'agit de ses
propres sentiments et la peau épaisse d'un éléphant piétinant les
sentiments des autres." De fait, autant Fischer ne prenait guère de
gants avec les autres, méprisant l'immense majorité de l'humanité - à
commencer par les femmes -, autant le monde entier devait se plier à
ses caprices. Sa carrière relativement brève - une quinzaine d'années
- est jalonnée de chantages et de retraites brutales. En 1962, après
avoir échoué à se qualifier pour la finale du championnat du monde
lors du tournoi des candidats de Curaçao, il accuse - non sans raison
- les joueurs soviétiques de collusion, de ne jouer entre eux que des
nulles rapides afin d'être frais pour l'affronter.

La Fédération internationale des échecs (FIDE), sensible à ses
arguments, modifie son règlement, mais il boude quand même le monde
des échecs pendant deux ans. En 1967, alors qu'il survole le tournoi
interzonal de Sousse (Tunisie), il claque la porte pour des raisons
d'horaires. En effet, depuis plusieurs années déjà, il est membre
d'une secte fondamentaliste, l'Eglise universelle de Dieu, qui oblige
notamment ses membres à respecter le repos du sabbat...

Lorsque son esprit compulsif ne parvient pas à manipuler les autres
comme il manipule ses pièces d'échecs, Bobby Fischer ne connaît pas la
nuance et menace de ne pas jouer, à l'instar de gosses dans une cour
de récréation, au risque de saboter sa propre carrière. Sachant
parfaitement que la plupart des organisateurs de tournois le veulent
dans leurs compétitions, il use et abuse d'exigences de diva. Si on
lui cède, il réclame davantage, pour voir jusqu'où son contrôle peut
s'exercer.

Le paroxysme de cette quérulence malsaine est atteint lors de son
fameux championnat du monde contre Spassky, en 1972. Fischer fait
grimper les enchères, reporter le début du match, enlever les caméras
de la salle de jeu sous prétexte que leur bruit le dérange. Des tests
audiométriques prouvent pourtant qu'elles sont inaudibles depuis
l'échiquier ! Reykjavik s'avère une chronique de revendications et de
chantages : le "mimophant" va jusqu'au bord du suicide sportif en
étant forfait lors de la deuxième partie, un coup psychologique
violent porté à Spassky, lequel, à l'instar des organisateurs et de
l'arbitre, craque sous la pression.

D'après l'organisateur d'événements échiquéens Eric Birmingham, qui a
réédité en 1995 le livre culte de Bobby Fischer, Mes 60 meilleures
parties (éditions Editéchecs), ce comportement du tout ou rien
s'explique par le fait que le champion américain "était terrorisé par
l'idée de jouer et de perdre". Une thèse relayée par le récent livre
Bobby Fischer Goes to War (publié en anglais par Faber and Faber), des
journalistes britanniques David Edmonds et John Eidinow. Ceux-ci
rappellent que, "enfant, si Fischer perdait une partie rapide (...),
il remettait les pièces en place et demandait invariablement une autre
partie ; cela cachait un besoin psychologique profond de reconstruire
son image de lui - celle d'un vainqueur". Peut-être sentait-il qu'en
atteignant le but de sa vie - la couronne mondiale -, il détruirait sa
raison d'être. Ce qui expliquerait pourquoi il s'est, dans les années
1960, exclu lui-même de deux cycles qualificatifs pour le championnat
du monde.

Cette procrastination maladive maintenait intacte son envie de jouer
et de gagner. Après 1972, il ne peut que déchoir, ce qui lui est
insupportable. "Il a donc, peut-être inconsciemment, créé une
situation lui évitant de rejouer", avance Eric Birmingham. De fait,
lorsque, en 1975, sonne l'heure de remettre son titre en jeu face à la
nouvelle étoile soviétique Anatoli Karpov, les conditions que pose
Fischer sont si draconiennes que la FIDE ne peut les accepter.
L'Américain abandonne son titre sans hésiter. Conséquence : il reste
invaincu devant un échiquier.

DEPUIS, faute de raison d'être, sa personnalité déjà déséquilibrée a
basculé. Si l'on excepte le symbolique match-revanche de 1992 contre
Spassky, Bobby Fischer a refusé toute proposition de jeu, même dotée
de plusieurs millions de dollars. Ses lubies ont pris possession d'un
esprit vacant et immature. Déjà latente dans les années 1960, sa haine
des juifs - alors que sa mère était juive - a empiré. Il lit Mein
Kampf et Le Protocole des sages de Sion. Le grand maître américain
Larry Evans se souvient l'avoir accompagné pour voir un documentaire
sur Hitler : "Lorsque nous sommes sortis du cinéma, Bobby dit qu'il
admirait Hitler. Je lui demandai pourquoi et il me répondit : "Parce
qu'il a imposé sa volonté au monde.""

Il se dit spolié de tous ses biens et victime d'un complot fomenté par
les juifs et les Etats-Unis. Sa paranoïa n'a cessé de croître. En
1972, il craignait que l'URSS ne l'empoisonne ou fasse abattre l'avion
le conduisant à Reykjavik. Plus tard, il se fit retirer tous ses
plombages de peur que l'un d'eux contienne un mini-appareil
électronique susceptible d'influencer sa pensée. Les photographies
prises en juillet lors de son arrestation au Japon montrent d'ailleurs
qu'il a perdu plusieurs dents. Il a quitté sa secte - après que
celle-ci eut lessivé son compte en banque -, convaincu qu'elle était
aux mains d'"un gouvernement mondial secret et satanique". Les
anecdotes abondent. Même ses plus grands fans en ont la nausée.

En juin 1990, le grand maître français Bachar Kouatly, qui préparait
alors l'organisation du match Kasparov-Karpov à Lyon, rencontra
Fischer en Allemagne, contre la somme de 5 000 dollars... "Sa première
réaction, raconte-t-il dans la revue Europe Echecs de septembre, fut
de me faire écrire sur un bout de la nappe en papier - qu'il déchira
de la table - que je n'exploiterais en aucun cas notre rencontre à des
fins commerciales ! Je lui offris une sacoche en cuir, qu'il sembla
apprécier. Il me remercia à de nombreuses reprises, la touchant comme
un enfant." Le lendemain, Bachar Kouatly se promena avec le maître,
qui finit par sortir son échiquier de poche, non pour jouer, mais pour
montrer à son interlocuteur que les championnats du monde disputés par
Kasparov et Karpov étaient, selon lui, arrangés à l'avance.
Connaissant les parties par coeur grâce à sa fantastique mémoire, il
insistait sur les coups étrangement faibles des deux Russes.

Bobby Fischer ne joue plus aux échecs, et ce qui s'est passé dans la
discipline après sa victoire n'est pour lui que "truquerie". Le temps
s'est arrêté à Reykjavik le 3 septembre 1972, lorsque Boris Spassky
téléphona à l'arbitre pour lui annoncer qu'il ne reprendrait pas la
21e partie, ajournée, de son match contre Bobby Fischer. Le "Kid de
Brooklyn" devenait champion du monde. Il l'est toujours. Dans sa tête.

Pierre Barthélémy
* ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 18.09.04


http://www.lemonde.fr/web/article/0,...-379485,0.html

 




Thread Tools
Display Modes

Posting Rules
You may not post new threads
You may not post replies
You may not post attachments
You may not edit your posts

vB code is On
Smilies are On
[IMG] code is Off
HTML code is Off
Forum Jump

Similar Threads
Thread Thread Starter Forum Replies Last Post
Fischer appeals 'non-refugee' decisn; threat of illegal deportn today banana rec.games.chess.misc (Chess General) 4 August 24th 04 06:47 PM
Bobby Fischer and Miyoko Watai to marry (press release) banana rec.games.chess.misc (Chess General) 2 August 17th 04 08:28 PM
Bobby Fischer and Miyoko Watai to marry (press release) banana rec.games.chess.politics (Chess Politics) 2 August 17th 04 08:28 PM
Lev Khariton: Bobby Fischer, David in Cain's World Aryeh Davidoff rec.games.chess.misc (Chess General) 0 August 11th 04 07:03 PM
Fischer -new appeal, refugee claim, 1st asylum offer (press release) banana rec.games.chess.politics (Chess Politics) 6 August 5th 04 03:07 AM


All times are GMT +1. The time now is 07:55 AM.


Powered by vBulletin® Version 3.6.4
Copyright ©2000 - 2010, Jelsoft Enterprises Ltd.Content Relevant URLs by vBSEO 2.4.0
Copyright ©2004-2010 ChessBanter.
The comments are property of their posters.